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Revenus pendant un arrêt pour burn-out : IJSS, complément employeur et prévoyance

Mis à jour le 6 juin 2026 — Par Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris · Lecture : ~16 min

Contenu rédigé par un avocat au barreau de Paris et vérifié : informations à jour (juin 2026), appuyées sur des sources officielles (Légifrance, service-public.fr, ameli.fr, INRS, HAS).

« Si je m'arrête, comment je vis ? » C'est la peur qui retient le plus de salariés au bord du burn-out — et je la comprends. Mais c'est souvent cette peur, mal informée, qui pousse à la pire décision : démissionner ou se précipiter, alors qu'un arrêt bien indemnisé vous donne précisément le temps de vous soigner sans vous ruiner. Car pendant un arrêt, vous n'êtes pas livré à vous-même : plusieurs dispositifs se cumulent — Sécurité sociale, employeur, prévoyance, assurances — pour maintenir une grande partie de vos revenus. Encore faut-il les connaître, les activer, et déjouer les blocages : je vois chaque semaine des salariés privés, des mois durant, de sommes auxquelles ils avaient pourtant droit. C'est tout l'objet de ce guide.

En bref : non, vous ne perdez pas tout votre salaire. Vos revenus se reconstituent par étages qui se cumulent. La Sécurité sociale verse la base, mais elle est faible (50 % du salaire journalier, plafonné, après 3 jours de carence). S'y ajoute, selon votre ancienneté, un complément de l'employeur (souvent jusqu'à ~90 % du salaire pendant un temps), puis la prévoyance pour les arrêts longs — c'est elle qui maintient l'essentiel de votre rémunération. Deux réflexes décisifs : vérifier tôt votre convention collective et vos accords d'entreprise (souvent plus favorables), et vous assurer que l'employeur a bien anticipé le relais de la prévoyance. Pensez aussi à votre assurance emprunteur.

1. Qui paie quoi : le « millefeuille » des revenus

Premier réflexe : comprendre que, pendant l'arrêt, ce n'est pas « votre salaire » qui tombe d'un coup. Votre rémunération est reconstituée par étages :

Chacun de ces étages a ses conditions et ses limites. L'erreur classique est de n'en activer qu'un seul — et de se croire moins bien indemnisé qu'on ne l'est réellement. Voyons-les un par un.

Le « millefeuille » des revenus pendant l'arrêt

Salaire net habituel (~100 %) IJSS Sécu ~50 % plafonné Sécurité sociale seule IJSS Sécu Complément employeur Prévoyance Maintien + prévoyance l'écart à combler
Illustratif — chaque étage dépend de votre convention collective et de votre contrat de prévoyance.

2. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS)

C'est la base de votre indemnisation. Pour un arrêt maladie d'origine non professionnelle, l'Assurance Maladie verse une indemnité égale à 50 % de votre salaire journalier de base (la moyenne de vos 3 derniers salaires bruts, divisée par 91,25).

Le plafond 2026

Depuis avril 2025, le salaire pris en compte est plafonné à 1,4 SMIC (contre 1,8 auparavant). En pratique, l'indemnité journalière maximale est de 41,95 € pour les arrêts prescrits jusqu'au 30 juin 2026, puis 42,97 € à compter du 1er juillet 2026. Au-delà de ce plafond, la part de salaire qui dépasse n'est pas indemnisée par la Sécurité sociale — d'où l'importance du complément employeur et de la prévoyance pour les rémunérations élevées.

Carence et conditions

Les IJSS sont versées après un délai de carence de 3 jours. Pour y avoir droit, il faut, au moment de l'arrêt, avoir travaillé au moins 150 heures sur les 3 mois (ou 90 jours) précédents, ou avoir suffisamment cotisé. Au-delà de 6 mois d'arrêt, des conditions supplémentaires s'appliquent.

Versement direct ou subrogation

Les IJSS peuvent vous être versées directement par l'Assurance Maladie, ou transiter par votre employeur lorsque la subrogation est en place : dans ce cas, l'employeur perçoit les IJSS et vous verse l'ensemble (salaire maintenu + indemnités), ce qui évite les ruptures de versement. Vérifiez ce point, car il change votre trésorerie.

3. Le complément de salaire de l'employeur

Au titre de la loi dite de mensualisation, votre employeur doit, sous conditions, compléter les IJSS. Les conditions principales :

Le maintien légal débute autour de 90 % du salaire brut, puis bascule à 66,66 %, et sa durée augmente avec l'ancienneté :

AnciennetéDurée totale d'indemnisation (légale)
1 à 5 ans60 jours (30 j à 90 % + 30 j à 66,66 %)
6 à 10 ans80 jours (40 + 40)
11 à 15 ans100 jours (50 + 50)
16 à 20 ans120 jours (60 + 60)
21 à 25 ans140 jours (70 + 70)
26 à 30 ans160 jours (80 + 80)
31 ans et plus180 jours (90 + 90)

Le complément employeur connaît son propre délai de carence (souvent 7 jours). Mais attention : ce tableau est le minimum légal. Votre convention collective peut être bien plus favorable (carence supprimée, maintien à 100 %, durées allongées). C'est le premier document à vérifier — il change parfois tout.

Êtes-vous sûr de toucher tout ce à quoi vous avez droit ?

Convention collective, subrogation, complément, prévoyance : on vérifie ensemble chaque étage de votre indemnisation.

4. La prévoyance : le dispositif décisif (et le plus mal connu)

S'il ne fallait retenir qu'un mot de cet article, ce serait celui-là. Quand les durées d'indemnisation de l'employeur s'épuisent, c'est la prévoyance qui maintient tout ou partie de votre rémunération — parfois jusqu'à près de 95 % du salaire net, selon les contrats. Pour un burn-out, qui se prolonge souvent bien au-delà de quelques mois, c'est le filet qui évite la chute libre.

Et pourtant, c'est aussi le dispositif qui pose le plus de problèmes. Dans ma pratique, près de deux salariés en burn-out sur trois rencontrent des difficultés financières — et la cause est presque toujours la même : la prévoyance. Versements qui tardent, droits contestés, dossiers qui s'enlisent. C'est une double peine : on manque d'énergie au moment précis où il faudrait se battre pour faire valoir ses droits.

Pourquoi ça coince si souvent : la relation à trois

La prévoyance repose sur une relation tripartite : l'assureur, l'employeur et vous. Subtilité décisive : même si le contrat est censé vous protéger, c'est l'employeur qui est le client de l'assureur, et c'est souvent par lui que transite le déclenchement des garanties. Il suffit alors d'une incompréhension, d'un retard administratif, d'une attestation non transmise — ou de la mauvaise foi de l'un des maillons — pour que vous restiez des mois sans percevoir ce qui vous est dû.

Comment savoir si vous êtes couvert ?

Une notice d'information a normalement dû vous être remise à l'embauche. À défaut, cherchez du côté de votre contrat de travail, de votre livret d'accueil et de votre convention collective (qui peut imposer un tel contrat). Vos bulletins de paie mentionnent les cotisations de prévoyance — mais attention : ils prouvent que vous cotisez, sans rien dire de l'étendue de vos droits. Seule la notice fixe les garanties, les délais de franchise et les conditions : récupérez-la au plus tôt.

Les bons réflexes pour débloquer (et sécuriser) vos droits

5. Vos assurances (prêt immobilier)

Un poste souvent oublié, et pourtant décisif pour votre budget : si vous remboursez un crédit immobilier, votre assurance emprunteur peut prendre en charge vos échéances pendant l'arrêt (au titre de la garantie « incapacité temporaire de travail »). Vérifiez votre contrat : délai de franchise, conditions, durée. C'est parfois plusieurs centaines d'euros par mois en moins à assumer.

Exemple. Pour un salaire brut de 3 000 €, les seules IJSS plafonnées représentent environ 1 260 € par mois — loin du salaire habituel. C'est le cumul avec le complément employeur (jusqu'à 90 % un temps) puis la prévoyance qui permet, selon la convention collective, de maintenir l'essentiel des revenus. Et si un prêt immobilier est en cours, l'assurance emprunteur peut, en plus, suspendre les mensualités.

6. Les pièges et points de vigilance

L'employeur ne transmet pas l'attestation de salaire

C'est l'attestation de salaire qui permet à la CPAM de calculer vos IJSS, et sa transmission est une obligation légale de l'employeur. S'il ne la transmet pas, ne saisissez pas tout de suite le conseil de prud'hommes : commencez par insister auprès de lui. Sachez ensuite qu'il existe une possibilité souvent méconnue — y compris des caisses, qui font parfois blocage : vous pouvez transmettre vous-même vos trois derniers bulletins de salaire, avec une attestation sur l'honneur de votre dernier jour travaillé, pour que la CPAM reconstitue vos droits. Si les échanges en ligne n'aboutissent pas, un rendez-vous physique avec un agent ou le service social de la caisse débloque souvent la situation. Nous détaillons cette démarche dans le guide complet.

Le contrôle peut suspendre vos indemnités

Le médecin-conseil de la CPAM, l'employeur ou la prévoyance peuvent diligenter un contrôle. Le non-respect des règles de l'arrêt (horaires de sortie, activité interdite) peut entraîner la suspension des indemnités, voire leur restitution. Respecter le cadre de l'arrêt, c'est aussi protéger vos revenus.

Un point que beaucoup ignorent : le contrôle de la prévoyance est indépendant de celui de la CPAM. L'organisme de prévoyance mandate son propre médecin, qui peut se montrer plus exigeant que le médecin-conseil de la Sécurité sociale. On peut donc se retrouver avec une CPAM qui maintient l'arrêt et une prévoyance qui, de son côté, cesse de verser son complément en estimant que vous pourriez reprendre. Une contestation est possible, mais elle n'a rien d'évident — raison de plus pour préparer ces contrôles (être présent au rendez-vous, documenter votre suivi médical) et ne pas les prendre à la légère.

Bien préparer un contrôle médical

C'est l'une des angoisses majeures des arrêts longs — et l'un des moments les plus mal préparés. Le contrôle (CPAM ou prévoyance) vise une seule question : votre arrêt est-il toujours justifié ? Concrètement, le médecin vérifie que vous n'êtes ni guéri (retour à l'état antérieur à l'arrêt) ni consolidé (votre état ne s'aggrave plus et les séquelles se stabilisent). L'enjeu est réel : être déclaré consolidé met fin aux indemnités d'arrêt maladie et vous oriente vers une rente d'incapacité ou d'invalidité — ce qu'il faut éviter tant que votre état est encore évolutif.

La bonne posture n'est donc pas de « prouver que vous allez mal », mais de montrer que vous êtes toujours en soins, que des améliorations sont espérées et que vous avez besoin de temps pour vous rétablir. Évitez d'afficher une intention définitive de quitter l'entreprise : cela pourrait pousser le médecin vers une inaptitude que vous n'avez pas choisie. Quelques réflexes concrets :

C'est typiquement un rendez-vous qui se prépare : adopter la bonne posture, au bon moment, sans rien laisser au hasard, fait partie de ce que l'on cale ensemble en accompagnement.

Le mi-temps thérapeutique

À la reprise, un mi-temps thérapeutique peut être mis en place sur prescription médicale : vous reprenez à temps partiel et votre rémunération se reconstitue par deux canaux — votre employeur vous paie au prorata du temps travaillé, et la Sécurité sociale verse des indemnités journalières (sans nouveau délai de carence) pour compenser une partie du temps non travaillé. Un point de vigilance souvent mal anticipé : sauf disposition plus favorable de votre convention collective, l'employeur n'est pas tenu de maintenir le complément de salaire sur la part non travaillée (Cass. soc. 21 mars 2007, n° 06-40.891). L'équilibre financier mérite donc d'être vérifié au cas par cas avant de s'engager.

7. Maximiser vos revenus : les bons réflexes

Pour aller plus loin → Faire reconnaître le burn-out en maladie professionnelle (indemnités majorées) · Se faire arrêter pour fatigue, stress ou burn-out · Négocier son départ · Burn-out et arrêt de travail : le guide complet

Un doute sur le calcul de vos indemnités ?

Erreur de la CPAM, complément non versé, prévoyance bloquée : ces situations se débloquent. Faisons le point.

Questions fréquentes

Combien touche-t-on pendant un arrêt maladie ?

La Sécurité sociale verse 50 % du salaire journalier (plafonné à 41,95 €/jour en 2026), après 3 jours de carence, souvent complété par l'employeur (jusqu'à ~90 % un temps) puis la prévoyance.

L'employeur est-il obligé de compléter mon salaire ?

Oui, sous conditions (au moins 1 an d'ancienneté, certificat transmis sous 48 h), au titre de la loi de mensualisation. La convention collective peut prévoir mieux.

Qu'est-ce que la prévoyance et quand intervient-elle ?

C'est une assurance (souvent d'entreprise) qui prend le relais pour les arrêts longs, une fois épuisées les durées d'indemnisation de l'employeur. Vérifiez votre notice et vos bulletins de paie.

Mon assurance de prêt peut-elle payer mes mensualités ?

Souvent oui, au titre de la garantie incapacité temporaire de travail, sous réserve du délai de franchise et des conditions du contrat.

Que faire si mon employeur ne transmet pas l'attestation de salaire ?

Transmettez vos 3 derniers bulletins et une attestation sur l'honneur à la CPAM ; et, en cas de blocage, le conseil de prud'hommes peut condamner l'employeur à des dommages et intérêts.

Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris

Me Guillaume Delord

Avocat au barreau de Paris, fondateur du cabinet Instant Avocat. J'ai d'abord défendu les employeurs — au sein d'un grand cabinet, en contestant les accidents du travail et les maladies professionnelles déclarés par les salariés — avant de consacrer toute ma pratique aux salariés en souffrance, et en particulier aux victimes de burn-out, partout en France. Cette double expérience me permet de connaître les arguments des deux camps et de les retourner au service de mes clients. Mon approche, à contre-courant : la santé d'abord, puis une stratégie juridique sur mesure — ne jamais se précipiter, activer les bons droits au bon moment. En savoir plus → Qui sommes-nous

Sources & références

  • Indemnités journalières maladie : montants et conditions 2026 — ameli.fr / service-public.fr.
  • Maintien de salaire par l'employeur (loi de mensualisation) — Code du travail, art. L.1226-1 et D.1226-1 et s.
  • Obligations pendant l'arrêt et contrôle — Code de la sécurité sociale.