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Sorties et activités autorisées pendant un arrêt pour burn-out

Mis à jour le 6 juin 2026 — Par Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris · Lecture : ~12 min

Contenu rédigé par un avocat au barreau de Paris et vérifié : informations à jour (juin 2026), appuyées sur des sources officielles (Légifrance, service-public.fr, ameli.fr, INRS, HAS).

« Ai-je le droit de sortir ? de faire du sport ? de partir quelques jours ? » Quand on est en arrêt pour burn-out, ces questions reviennent sans cesse — mes clients me les posent à presque chaque rendez-vous —, et la peur de « mal faire » ajoute du stress à une situation déjà difficile. La vérité : être en arrêt ne signifie pas rester cloîtré chez soi, bien au contraire — l'enfermement n'aide personne à guérir. Mais quelques règles existent, et les ignorer peut coûter cher (jusqu'au remboursement de vos indemnités). Voici, clairement, ce que vous pouvez faire — et ce qu'il vaut mieux éviter.

En bref : pendant un arrêt, vous devez vous abstenir de toute activité non autorisée (article L.323-6 du Code de la sécurité sociale) et respecter les horaires de sortie (9 h-11 h / 14 h-16 h), sauf « sorties libres ». Les activités de la vie courante restent permises ; le sport et les déplacements hors département supposent un accord (du médecin, voire de la CPAM) ; toute activité professionnelle est interdite.

1. Le principe : se soigner, sans rester cloîtré

La règle de base figure à l'article L.323-6 du Code de la sécurité sociale : pour percevoir vos indemnités, vous devez vous abstenir de toute activité non autorisée et vous consacrer à votre rétablissement. Mais cela ne veut pas dire rester enfermé : sortir prendre l'air, faire ses courses, aller chercher ses enfants, voir un proche — tout cela relève de la vie courante et reste possible, dans le respect des horaires de présence (voir plus bas).

L'esprit du texte est simple : votre arrêt doit servir à aller mieux. Ce qui est sanctionné, ce n'est pas de vivre, c'est d'adopter un comportement incompatible avec votre état ou de ne pas respecter les règles de présence et de déplacement.

Un point capital, souvent sous-estimé : cette interdiction est générale. Elle vise toute activité non autorisée, même non rémunérée — pas seulement un travail d'appoint : un coup de main bénévole, du jardinage, du bricolage, une activité associative ou de loisir peuvent eux aussi justifier que la CPAM vous réclame le remboursement de vos indemnités (la jurisprudence l'a admis pour du jardinage comme pour la participation à un spectacle). La seule protection, c'est une autorisation du médecin prescripteur, précise et préalable, portée sur l'arrêt : une mention « sorties libres » ne suffit pas, et un certificat établi après coup non plus (Cass. 2ᵉ civ., 16 mai 2024, n° 22-14.402).

2. Autorisé, sous conditions ou interdit : le tableau

Pour y voir clair d'un coup d'œil :

ActivitéStatut
Sortir aux horaires autorisés, courses, vie couranteAutorisé
Recevoir des soins, examens médicauxAutorisé (même hors horaires)
Faire du sportSous accord du médecin
Suivre une formationSous accord médecin + CPAM
Voyager / quitter son départementSous accord de la CPAM
Sortir hors des horaires (sans « sorties libres »)Interdit
Exercer une activité professionnelle ou bénévoleInterdit

3. Les horaires de sortie (et les sorties libres)

Deux situations selon ce qu'a indiqué votre médecin sur l'arrêt :

Dans tous les cas, gardez à l'esprit qu'un contrôle reste possible aux heures de présence (voir section 7).

Vos horaires de présence à domicile

Présence Présence sorties OK sorties OK 8 h 9 h 11 h 14 h 16 h 18 h
En bleu : présence obligatoire (week-ends compris) — sauf si le médecin a coché « sorties libres ».

4. Le sport

C'est l'une des questions les plus fréquentes — d'autant que, pour un burn-out, bouger fait souvent partie du soin. Encore faut-il distinguer deux logiques différentes, qu'on a tendance à confondre.

Côté Sécurité sociale — le vrai point de vigilance. Pendant l'arrêt, vous devez vous abstenir de toute activité non autorisée (article L.323-6). Le sport en fait partie, même non rémunéré et même « bon pour le moral » : sans autorisation, il vous expose à la restitution de vos indemnités journalières. Attention à une confusion fréquente : la mention « sorties libres » ne vaut pas autorisation de faire du sport (Cass. 2ᵉ civ., 9 décembre 2010, n° 09-16.140) — et, en cas de contrôle, c'est à vous de prouver que le médecin l'avait autorisé. La parade est simple — demandez à votre médecin de noter l'activité sur l'arrêt (marche, natation, yoga… à visée thérapeutique), de façon expresse et préalable : ce qui est écrit vous protège. Et faites preuve de bon sens : pas de trace sur les réseaux sociaux, coupez le partage d'activité de vos applications (type Strava), et évitez les efforts où vous pourriez vous blesser — en cas de contrôle, tout cela peut être exploité.

Côté employeur — plus rassurant. Vis-à-vis de votre employeur, pratiquer un sport n'est pas déloyal en soi : pour vous le reprocher, il devrait démontrer un préjudice (Cass. soc. 1ᵉʳ février 2023, n° 21-20.526). Mieux encore, il ne peut pas se prévaloir de vos manquements aux règles de la Sécurité sociale — comme une sortie hors des heures autorisées (Cass. soc. 27 juin 2000, n° 98-40.952). Sur ce terrain, le risque est donc faible : c'est bien du côté de la CPAM qu'il faut être rigoureux.

5. Voyages et déplacements

En principe, vous ne pouvez pas quitter votre département de résidence sans l'accord préalable de votre CPAM. Si vous souhaitez vous déplacer ou voyager (y compris à l'étranger — par exemple pour vous ressourcer ou rejoindre des proches), adressez une demande écrite à votre caisse, idéalement un mois à l'avance (au minimum 15 jours), en précisant les dates et l'adresse de séjour. La caisse vous répond ; partir sans autorisation expose au remboursement des indemnités. Deux précisions utiles : appelez d'abord votre caisse pour connaître la procédure locale (un simple message sur le compte ameli suffit parfois, ailleurs il faut un courrier) ; et sachez que si vous séjournez dans un pays sans convention de sécurité sociale avec la France, vos indemnités journalières sont suspendues pendant le séjour, même avec l'autorisation de la caisse.

6. Suivre une formation

Bonne nouvelle : vous pouvez suivre une formation ou un bilan de compétences pendant l'arrêt — c'est souvent un premier pas vers un rebond ou une reconversion, et c'est expressément prévu par la loi (article L.323-3-1 du Code de la sécurité sociale). Mais cela suppose un double accord : celui de votre médecin traitant et celui du médecin-conseil de la CPAM, qui vérifie que la durée de l'action est compatible avec celle de votre arrêt (la caisse en informe ensuite l'employeur, qui en informe le médecin du travail). Sont notamment concernés : les actions de formation, le bilan de compétences, la validation des acquis de l'expérience (VAE). Pendant l'action, votre contrat reste suspendu et vous continuez de percevoir vos indemnités journalières.

Un mot sur le bilan de compétences : c'est un excellent tremplin pour préparer la suite, mais à condition de le faire au bon moment. Trop tôt, quand on est encore épuisé, il n'apporte rien — se projeter demande de l'énergie. Le bon timing, c'est plutôt en fin d'arrêt, quand on va déjà mieux, juste avant d'envisager un rebond ou de négocier un départ. Parlez-en à votre médecin pour vérifier que vous êtes en état de le suivre.

7. Travailler, aider, s'investir : ce qui est interdit

C'est l'un des points les plus mal compris — et les plus risqués. Pendant l'arrêt, le principe est strict : vous devez vous consacrer à votre rétablissement et vous abstenir de toute activité non autorisée, qu'elle soit rémunérée ou non (article L.323-6 du Code de la sécurité sociale). Sont notamment prohibés :

Il faut bien distinguer deux regards sur une même activité, car ils n'obéissent pas aux mêmes règles :

La seule façon de sécuriser une activité, c'est qu'elle soit expressément autorisée : une formation ou un bilan de compétences dans les conditions vues plus haut (double accord), ou une activité thérapeutique notée par votre médecin sur l'arrêt. En dehors de ces cas, la règle d'or est simple : dans le doute, ne rien entreprendre sans accord écrit — les conséquences (voir ci-dessous) sont trop lourdes pour improviser.

Un doute sur ce que vous pouvez faire ?

Sortie, sport, déplacement, formation : en cas de doute, mieux vaut sécuriser. Un échange rapide évite une erreur qui pourrait coûter vos indemnités.

8. Le contrôle et ses conséquences

Qui peut contrôler ?

Trois acteurs : le médecin-conseil de la CPAM (qui peut vous convoquer ou diligenter une visite), votre employeur (qui peut mandater un médecin pour une contre-visite à domicile) et votre organisme de prévoyance. La contre-visite de l'employeur se déroule hors de vos heures de sortie autorisées, ou au moment de votre choix si vos sorties sont libres. Ce médecin contrôle uniquement la réalité de votre incapacité : il n'établit ni diagnostic ni traitement.

Les conséquences d'une activité interdite

Si vous exercez une activité interdite ou ne respectez pas les règles, la sanction principale est la restitution des indemnités journalières perçues (réclamée par la CPAM ou la MSA), à laquelle peut s'ajouter la perte du complément de salaire de l'employeur. Dans les cas de déloyauté caractérisée, un licenciement pour faute reste possible — mais il est strictement encadré.

Exemple. Pendant son arrêt pour burn-out, Sophie, cadre commerciale, reprend la marche et la natation : son médecin l'a noté sur l'arrêt, au titre du soin. Elle respecte ses heures de présence et n'exerce aucune activité rémunérée. Aucun risque. À l'inverse, « donner un coup de main » à l'activité d'un proche contre rémunération, ou travailler en parallèle, l'exposerait à la restitution de ses indemnités.

Pour aller plus loin → Burn-out et arrêt de travail : le guide complet · Arrêt pour fatigue, stress ou burn-out : comment l'obtenir · Vos revenus pendant l'arrêt · Reconnaître un burn-out : symptômes et stades

Questions fréquentes

Peut-on sortir pendant un arrêt pour burn-out ?

Oui, dans le respect des horaires de présence (9 h-11 h et 14 h-16 h), sauf si le médecin a accordé des « sorties libres ». Les activités de la vie courante sont permises.

A-t-on le droit de faire du sport ?

En principe avec l'accord du médecin, qui peut l'autoriser à visée thérapeutique. Pratiquer un sport n'est pas déloyal en soi, mais demandez à ce que ce soit indiqué sur l'arrêt.

Peut-on partir en vacances ou quitter son département ?

Pas sans l'accord préalable de la CPAM : adressez une demande écrite, idéalement un mois à l'avance, en précisant dates et lieu de séjour.

Peut-on travailler ou avoir une activité rémunérée pendant l'arrêt ?

Non : toute activité professionnelle ou bénévole est interdite, et une activité rémunérée peut justifier un licenciement pour manquement à la loyauté.

Que risque-t-on en cas d'activité interdite ?

La restitution des indemnités journalières perçues, la perte du complément employeur, et, en cas de déloyauté caractérisée, un licenciement.

Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris

Me Guillaume Delord

Avocat au barreau de Paris, fondateur du cabinet Instant Avocat. J'ai d'abord défendu les employeurs — au sein d'un grand cabinet, en contestant les accidents du travail et les maladies professionnelles déclarés par les salariés — avant de consacrer toute ma pratique aux salariés en souffrance, et en particulier aux victimes de burn-out, partout en France. Cette double expérience me permet de connaître les arguments des deux camps et de les retourner au service de mes clients. Mon approche, à contre-courant : la santé d'abord, puis une stratégie juridique sur mesure — ne jamais se précipiter, activer les bons droits au bon moment. En savoir plus → Qui sommes-nous

Sources & références

  • Code de la sécurité sociale, article L.323-6 (obligations pendant l'arrêt).
  • Règles de sorties, déplacements et formation pendant l'arrêt — ameli.fr / service-public.fr.
  • Obligation de loyauté et activité pendant l'arrêt — jurisprudence de la Cour de cassation (chambre sociale).