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Rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie : est-ce possible, et ce qui change pour vous

Publié le 1er octobre 2026 — Par Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris · Lecture : ~12 min

Contenu rédigé par un avocat au barreau de Paris. Les textes et décisions cités ont été vérifiés à la source le 1er octobre 2026 ; les règles d'assurance chômage sont celles des fins de contrat intervenues depuis le 1er septembre 2026.

Vous êtes en arrêt maladie — souvent pour un burn-out — et l'idée d'une rupture conventionnelle se pose, parce que vous l'envisagez ou parce que l'employeur vous la propose. Trois questions reviennent presque toujours : est-ce permis pendant l'arrêt ? que deviennent mes indemnités et ma prévoyance ? et le chômage ? Cette page y répond, règle par règle. Pour la manière de mener la discussion, voyez notre guide négocier une rupture conventionnelle après un burn-out.

En bref : oui, une rupture conventionnelle peut être signée pendant un arrêt maladie, y compris d'origine professionnelle, sauf fraude ou vice du consentement. La procédure est la même qu'en temps normal. Votre arrêt reste indemnisé par la caisse après la rupture ; le complément de salaire de l'employeur, quand vous y avez droit, s'arrête avec le contrat ; la prévoyance continue de verser ce qui est né pendant le contrat. L'allocation chômage ne commence qu'une fois l'arrêt terminé, pour une durée réduite après une rupture conventionnelle.

1. Est-ce possible pendant l'arrêt ?

Oui. L'arrêt de travail suspend le contrat, il ne l'empêche pas d'être rompu d'un commun accord. Saisie d'une demande fondée sur une discrimination liée à l'état de santé, la Cour de cassation l'a rappelé en 2026 dans les motifs de sa décision : « Sauf en cas de fraude ou de vice du consentement, une rupture conventionnelle peut être valablement conclue […] au cours d'une période de suspension du contrat de travail en raison d'un arrêt de travail pour maladie » (Cass. soc., 17 juin 2026, n° 25-12.181, publié au Bulletin).

La même décision règle une crainte fréquente : le simple fait, pour l'employeur, de proposer une rupture conventionnelle à un salarié en arrêt ne suffit pas, à lui seul, à faire présumer une discrimination liée à son état de santé. Une proposition n'est donc ni interdite, ni fautive en soi. Elle ne vous oblige à rien non plus : vous pouvez refuser, ou demander à réfléchir.

À l'inverse, c'est vous qui pouvez prendre l'initiative. Rien n'interdit de solliciter un échange pendant l'arrêt ; la manière de le faire sans vous exposer est détaillée dans notre guide de la négociation.

2. Arrêt d'origine professionnelle et inaptitude

La solution est la même lorsque l'arrêt fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle : « sauf en cas de fraude ou de vice du consentement, […] une rupture conventionnelle peut être valablement conclue […] au cours de la période de suspension consécutive à un accident du travail ou une maladie professionnelle » (Cass. soc., 30 sept. 2014, n° 13-16.297, publié). Dans cette affaire, la convention avait été signée alors que le salarié avait repris son travail sans avoir passé la visite de reprise ; la Cour a approuvé les juges qui l'avaient validée.

La Cour a aussi admis qu'une convention de rupture soit conclue par un salarié déclaré inapte à son poste à la suite d'un accident du travail, là encore sauf fraude ou vice du consentement (Cass. soc., 9 mai 2019, n° 17-28.767, publié).

À comparer avant de signer : si l'inaptitude est d'origine professionnelle, le licenciement pour inaptitude ouvre droit à une indemnité spéciale « égale au double » de l'indemnité légale (art. L. 1226-14 du code du travail). La rupture conventionnelle ne la prévoit pas.

3. La procédure, pendant l'arrêt

Être en arrêt ne change pas les étapes fixées par les articles L. 1237-12 à L. 1237-14 du code du travail : un ou plusieurs entretiens, la signature de la convention, quinze jours calendaires de rétractation, puis l'homologation par l'administration. Deux points comptent particulièrement quand on est en arrêt :

Le déroulé complet, l'assistance pendant l'entretien et le calendrier sont détaillés dans notre guide : formaliser l'accord.

4. L'indemnité

Le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle « ne peut pas être inférieur à celui de l'indemnité prévue à l'article L. 1234-9 », c'est-à-dire l'indemnité légale de licenciement (art. L. 1237-13). Dans les branches représentées par les organisations patronales signataires de l'avenant n° 4 du 18 mai 2009 à l'accord national interprofessionnel du 11 janvier 2008, elle ne peut pas non plus être inférieure à l'indemnité conventionnelle de licenciement, lorsque celle-ci est plus favorable.

Sur quel salaire ? L'indemnité légale se calcule sur la moyenne des douze derniers mois ou sur le tiers des trois derniers mois, « selon la formule la plus avantageuse pour le salarié » (art. R. 1234-4). Pour un salarié en arrêt maladie, la Cour de cassation retient les salaires des douze ou des trois derniers mois « précédant l'arrêt de travail pour maladie » (Cass. soc., 23 mai 2017, n° 15-22.223, publié) : vos indemnités journalières ne font pas baisser la base de calcul. Cette règle a été posée pour l'indemnité de licenciement ; elle s'applique au plancher de la rupture conventionnelle par le renvoi à l'indemnité légale.

Ce qui se négocie au-delà du plancher dépend de ce que risque votre employeur et de l'intérêt qu'il a à votre départ : voyez comment l'employeur chiffre un dossier.

5. Ce qui change pour vos revenus

Vos revenus, avant et après la fin du contrat

Indemnités journalières ✓ continuent pour l'arrêt en cours (droits appréciés au début de l'arrêt) Complément de l'employeur ✗ s'arrête avec le contrat (si vous y aviez droit) Prévoyance ✓ prestations maintenues + portabilité jusqu'à 12 mois Allocation chômage ⏳ après l'arrêt durée réduite après une rupture conventionnelle
La date de fin du contrat décide du moment où chacun de ces étages change.

Les indemnités journalières de la caisse. Les conditions d'ouverture du droit aux indemnités journalières de l'assurance maladie sont appréciées « au jour de l'interruption de travail » (art. R. 313-1 du code de la sécurité sociale). Un arrêt commencé pendant le contrat continue donc d'être indemnisé après la rupture, dans les limites habituelles. Plus largement, le droit aux prestations en espèces est maintenu pendant douze mois après la fin de l'activité (art. L. 161-8 et R. 161-3).

Le complément de salaire de l'employeur. Le salarié qui a « une année d'ancienneté dans l'entreprise » et qui est pris en charge par la sécurité sociale bénéficie, pendant son absence pour maladie, d'une indemnité complémentaire aux indemnités journalières (art. L. 1226-1 du code du travail), dont le taux et la durée sont fixés par voie réglementaire. Ce complément est dû par votre employeur, au titre de votre contrat : il s'arrête avec lui. C'est souvent la première perte concrète, à intégrer dans la négociation.

La prévoyance. La fin du contrat de travail n'interrompt pas les prestations déjà nées : selon la Cour de cassation, « la cessation de la relation de travail est sans effet sur le versement des prestations immédiates ou différées, acquises ou nées durant cette relation » (Cass. 2e civ., 28 mai 2025, n° 23-13.796, publié). Pour les garanties futures, la portabilité permet de conserver la couverture santé et prévoyance de l'entreprise après une rupture « ouvrant droit à prise en charge par le régime d'assurance chômage », pendant la durée de l'indemnisation chômage, dans la limite de douze mois et de la durée du dernier contrat (art. L. 911-8 du code de la sécurité sociale).

Pour aller plus loin → Revenus pendant un arrêt pour burn-out : indemnités journalières, complément employeur et prévoyance

6. Le chômage après l'arrêt

La rupture conventionnelle ouvre droit, sous conditions, à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Mais elle ne se cumule pas avec les indemnités journalières, et un arrêt maladie de quinze jours ou plus est incompatible avec la qualité de demandeur d'emploi immédiatement disponible. En pratique, l'allocation prend le relais une fois l'arrêt terminé. Le délai dont vous disposez pour vous inscrire est prolongé par les périodes d'arrêt maladie indemnisées.

Un point joue en votre faveur : les différés d'indemnisation — celui qui correspond à la part de votre indemnité supérieure à l'indemnité légale, et celui des congés payés — courent à partir du lendemain de la fin du contrat, l'un après l'autre. Si votre arrêt se prolonge, ils s'écoulent pendant l'arrêt, en tout ou partie. Reste le délai d'attente de sept jours, qui court au plus tôt à la date de votre inscription.

Quand l'arrêt continue après la fin du contrat

Contrat Arrêt maladie indemnités journalières de la caisse Différés dès la fin du contrat Chômage 7 j allocation Fin du contrat Fin de l'arrêt
Ici, l'arrêt dure plus longtemps que les différés. Si l'arrêt est plus court, la partie restante des différés s'applique après lui.

Repères chômage — fins de contrat depuis le 1er septembre 2026

Après une rupture conventionnelle individuelle, la durée maximale d'indemnisation est de 456 jours avant 55 ans et de 624 jours à partir de 55 ans, contre 548, 685 ou 822 jours selon l'âge dans le cas général. C'est la date de fin du contrat qui détermine la règle applicable. Le calcul des différés est détaillé dans notre guide de la négociation.

Paramètres en vigueur au 1er octobre 2026.

7. Choisir la date de fin du contrat

La convention fixe librement la date de fin du contrat, au plus tôt le lendemain de l'homologation. Cette date n'est pas un détail administratif : c'est elle qui arrête le complément de salaire de l'employeur, qui déclenche la portabilité de la prévoyance, et qui détermine la règle d'assurance chômage applicable. Pendant un arrêt, une date de fin plus lointaine peut prolonger le complément de salaire, dans la limite de vos droits ; une date plus proche avance la portabilité de la prévoyance et fait courir plus tôt les différés d'indemnisation chômage. C'est un élément de la négociation à part entière, au même titre que le montant.

8. Les points de vigilance propres à l'arrêt

Une rupture conventionnelle vous est proposée pendant votre arrêt ?

Décrivez-moi votre situation : je vous recontacte personnellement pour vous dire ce qu'elle vous fait gagner, ou perdre, avant que vous ne répondiez.

Questions fréquentes

Peut-on signer une rupture conventionnelle en arrêt maladie ?

Oui. Sauf fraude ou vice du consentement, une rupture conventionnelle peut être valablement conclue pendant un arrêt maladie (Cass. soc., 17 juin 2026, n° 25-12.181), comme pendant un arrêt consécutif à un accident du travail ou à une maladie professionnelle (Cass. soc., 30 sept. 2014, n° 13-16.297).

L'employeur peut-il me proposer une rupture conventionnelle pendant mon arrêt ?

Oui, et cette proposition ne suffit pas, à elle seule, à faire présumer une discrimination. Vous restez libre de refuser ou de prendre le temps de réfléchir.

Mes indemnités journalières s'arrêtent-elles à la fin du contrat ?

Non, pas pour l'arrêt en cours : les conditions du droit aux indemnités journalières s'apprécient au jour où l'arrêt a commencé. En revanche, le complément de salaire versé par l'employeur, si vous y aviez droit, s'arrête avec le contrat.

Quand vais-je toucher le chômage ?

Une fois l'arrêt terminé : l'allocation n'est pas versée tant que vous percevez des indemnités journalières. Les différés d'indemnisation courent dès le lendemain de la fin du contrat, donc en partie ou en totalité pendant l'arrêt ; s'y ajoute un délai d'attente de sept jours, qui court au plus tôt à la date de votre inscription.

Sur quel salaire l'indemnité est-elle calculée si je suis en arrêt ?

Pour l'indemnité légale, qui sert de plancher, on retient les salaires des douze ou des trois derniers mois précédant l'arrêt de travail pour maladie, selon la formule la plus favorable (Cass. soc., 23 mai 2017, n° 15-22.223).

Faut-il avoir passé la visite de reprise avant de signer ?

La Cour de cassation a validé une rupture conventionnelle conclue par un salarié qui avait repris le travail sans avoir passé la visite de reprise (Cass. soc., 30 sept. 2014, n° 13-16.297).

Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris

Me Guillaume Delord

Avocat au barreau de Paris, fondateur du cabinet Instant Avocat. J'ai d'abord défendu les employeurs — au sein d'un grand cabinet, en contestant les accidents du travail et les maladies professionnelles déclarés par les salariés — avant de consacrer toute ma pratique aux salariés en souffrance, et en particulier aux victimes de burn-out, partout en France. Ma conviction : d'abord se soigner, puis faire valoir les bons droits, au bon moment, avec discernement. En savoir plus → Qui sommes-nous

Sources & références

  • Rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie — Cass. soc., 17 juin 2026, n° 25-12.181, publié au Bulletin (Légifrance).
  • Pendant la suspension consécutive à un accident du travail ou une maladie professionnelle — Cass. soc., 30 sept. 2014, n° 13-16.297, publié au Bulletin (Légifrance). Après un avis d'inaptitude consécutif à un accident du travail — Cass. soc., 9 mai 2019, n° 17-28.767, publié au Bulletin (Légifrance).
  • Procédure : Code du travail, art. L. 1237-12, L. 1237-13, L. 1237-14 ; entretien obligatoire — Cass. soc., 1er déc. 2016, n° 15-21.609, publié au Bulletin (Légifrance).
  • Indemnité : salaire de référence — Code du travail, art. R. 1234-4 ; Cass. soc., 23 mai 2017, n° 15-22.223, publié au Bulletin (Légifrance) ; plancher conventionnel — avenant n° 4 du 18 mai 2009 à l'accord national interprofessionnel du 11 janvier 2008. Indemnité spéciale en cas d'inaptitude d'origine professionnelle — art. L. 1226-14.
  • Complément de salaire de l'employeur — Code du travail, art. L. 1226-1.
  • Indemnités journalières après la fin du contrat — Code de la sécurité sociale, art. R. 313-1, L. 161-8 et R. 161-3.
  • Prévoyance : prestations nées pendant la relation de travail — Cass. 2e civ., 28 mai 2025, n° 23-13.796, publié au Bulletin (Légifrance) ; portabilité — Code de la sécurité sociale, art. L. 911-8.
  • Assurance chômage : incompatibilité avec l'arrêt maladie (C. trav., art. R. 5411-10), délai d'inscription, point de départ des différés, durée après une rupture conventionnelle individuelle (fins de contrat à compter du 1er septembre 2026), différés et délai d'attente — règlement d'assurance chômage modifié par l'avenant n° 2 du 10 avril 2026 ; Unédic / France Travail.