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Préavis et arrêt maladie : ce qui se passe en cas de démission ou de licenciement

Publié le 1er octobre 2026 — Par Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris · Lecture : ~10 min

Contenu rédigé par un avocat au barreau de Paris. Les textes et décisions cités ont été vérifiés à la source le 1er octobre 2026.

Vous avez démissionné, ou vous venez d'être licencié, et un arrêt maladie survient pendant le préavis — ou vous étiez déjà arrêté. Les questions sont toujours les mêmes : le préavis est-il prolongé ? Serai-je payé ? Dois-je une indemnité à mon employeur, ou est-ce lui qui m'en doit une ? La réponse dépend d'abord d'une chose : l'origine de votre arrêt.

En bref :
  • Maladie ordinaire (y compris, en pratique, une dépression ou un burn-out, sauf si leur origine professionnelle est établie) : le préavis continue de courir et le contrat prend fin à la date prévue. L'arrêt ne le prolonge pas.
  • Accident du travail (hors accident de trajet) ou maladie professionnelle : le préavis est suspendu pendant l'arrêt et sa fin est reportée d'autant.
  • Pendant le préavis, vous êtes indemnisé comme pendant tout arrêt : indemnités journalières et, sous conditions, complément de l'employeur.
  • Préavis non effectué parce que vous êtes malade : pas d'indemnité compensatrice, sauf si l'employeur vous a dispensé du préavis, si une résiliation judiciaire est prononcée à ses torts, ou si votre convention collective est plus favorable.

1. Un arrêt maladie prolonge-t-il le préavis ?

Pour une maladie ordinaire, non. Le préavis continue de courir pendant l'arrêt, et le contrat prend fin à la date initialement prévue, même si vous êtes encore malade ce jour-là. Aucune disposition du code du travail ne prévoit, pour une maladie d'origine non professionnelle, la suspension du préavis. C'est en pratique le cas d'un arrêt pour dépression ou pour burn-out, sauf si son origine professionnelle est établie.

Pour un accident du travail (hors accident de trajet) ou une maladie professionnelle, oui. Le contrat du salarié victime « est suspendu pendant la durée de l'arrêt de travail provoqué par l'accident ou la maladie » (art. L. 1226-7 du code du travail). La Cour de cassation en déduit que le préavis est suspendu et que son terme est reporté d'autant (Cass. soc., 18 juill. 1996, n° 93-43.581, publié ; Cass. soc., 15 févr. 2006, n° 04-42.822, publié). Une fois l'arrêt terminé, le préavis reprend pour la durée qui restait à courir, et cette fraction est rémunérée comme tout préavis exécuté.

Dans ces deux affaires, le salarié avait démissionné et l'accident du travail était survenu pendant son préavis ; le sommaire de l'arrêt de 1996 est toutefois rédigé en termes généraux : « le préavis au cours duquel un salarié a été victime d'un accident du travail, se trouve suspendu pendant la durée de l'arrêt du travail provoqué par cet accident ». Une exception : en cas de départ à la retraite, le préavis dont l'exécution a été suspendue par un accident du travail « n'est susceptible d'aucun report » (Cass. soc., 25 mai 2016, n° 15-10.637, publié).

Un arrêt pendant le préavis : tout dépend de son origine

Maladie ordinaire arrêt préavis fin du contrat : date prévue Accident du travail ou maladie pro préavis arrêt : suspendu suite du préavis fin reportée d'autant date initiale
Code du travail, art. L. 1226-7 ; Cass. soc., 18 juill. 1996, n° 93-43.581.
Dépression, burn-out : quelle règle ? En pratique, celle de la maladie ordinaire, sauf si l'origine professionnelle de l'arrêt est établie. C'est l'une des raisons pour lesquelles la question d'une reconnaissance en maladie professionnelle mérite d'être posée tôt, quand le travail est en cause.

2. Serez-vous payé pendant le préavis ?

Pendant le préavis, le contrat continue. Si vous êtes en arrêt, vous êtes indemnisé comme pendant tout arrêt : indemnités journalières de la Sécurité sociale et, si vous remplissez les conditions (notamment « une année d'ancienneté dans l'entreprise »), complément de salaire de l'employeur (art. L. 1226-1 du code du travail). Ce complément est dû dans la limite des durées réglementaires, et au plus tard jusqu'à la fin du contrat ; les indemnités journalières, elles, continuent d'être versées après la fin du contrat pour l'arrêt en cours. Les montants et les durées sont détaillés dans notre guide sur le maintien de salaire (comment toucher 100 %).

3. Arrêt maladie pendant un préavis de démission

On peut démissionner pendant un arrêt, et tomber malade pendant le préavis d'une démission. Dans les deux cas, pour une maladie ordinaire, le préavis court et le contrat prend fin à la date prévue. Sa durée est fixée par la loi, la convention collective ou, à défaut, les usages (art. L. 1237-1 du code du travail).

Mais avant de démissionner pendant un arrêt, mesurez ce que vous perdez : la démission n'ouvre pas droit au chômage, hors démission légitime ou démission pour reconversion attestée. Quand c'est le travail qui vous a rendu malade, d'autres sorties existent — rupture conventionnelle, inaptitude — qui préservent vos droits : voyez notre guide négocier une rupture conventionnelle après un burn-out.

4. Licenciement et arrêt maladie : le préavis et son indemnité

Si vous êtes licencié, le préavis court à compter de la présentation de la lettre recommandée de licenciement (art. L. 1234-3 du code du travail), et son inexécution « n'a pas pour conséquence d'avancer la date à laquelle le contrat prend fin » (art. L. 1234-4). Sa durée légale dépend de votre ancienneté : un mois entre six mois et deux ans, deux mois au-delà, sauf durée plus favorable prévue par la convention collective ou le contrat (art. L. 1234-1).

Si un accident du travail ou une maladie professionnelle, y compris une rechute, survient pendant votre préavis de licenciement, les cours d'appel appliquent la même règle qu'en cas de démission. La cour d'appel de Paris juge que « le préavis est prolongé d'une durée équivalente à celle de l'arrêt de travail » (CA Paris, 18 nov. 2020, n° 17/10317) ; celle de Nîmes, que « le préavis est donc prolongé de la durée correspondant à l'arrêt et la cessation du contrat se trouve reportée » (CA Nîmes, 13 sept. 2022, n° 19/03732). Dans ces deux affaires, le salarié licencié a obtenu un rappel de salaire pour la période de report. Les arrêts de la Cour de cassation qui posent la règle concernent, eux, des démissions.

Si vous êtes en arrêt et ne pouvez pas effectuer le préavis, la règle de principe est sévère : « le salarié ne peut prétendre au paiement d'une indemnité pour un préavis qu'il est dans l'impossibilité d'exécuter » (Cass. soc., 23 nov. 2005, n° 04-47.653, publié, rendu à propos d'un congé parental ; la Cour a repris cette règle depuis, par exemple pour une inaptitude non professionnelle : Cass. soc., 2 oct. 2024, n° 23-12.702, publié). Vous restez indemnisé au titre de l'arrêt, mais vous ne percevez pas, en plus, une indemnité compensatrice. Trois situations changent la donne :

Un licenciement prononcé pendant un arrêt n'est d'ailleurs pas toujours régulier : un licenciement en raison de votre état de santé est discriminatoire (art. L. 1132-1 du code du travail), et certaines conventions collectives interdisent, pendant une certaine durée d'absence, un licenciement fondé sur cette absence. Voyez licenciement pendant un arrêt maladie pour burn-out.

5. Le cas de l'inaptitude

Quand l'arrêt débouche sur une inaptitude, les règles du préavis sont propres :

Le calcul de ces indemnités, avec un simulateur : indemnité de licenciement pour inaptitude.

6. Et la rupture conventionnelle ?

Il n'y a pas de préavis dans une rupture conventionnelle : la convention fixe la date de fin du contrat, qui ne peut intervenir avant le lendemain de l'homologation (art. L. 1237-13 du code du travail). Elle peut se signer pendant un arrêt, et le choix de cette date pèse sur vos indemnités, votre prévoyance et votre chômage : voyez rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie.

7. Le chômage après le préavis

Tant que vous percevez des indemnités journalières, l'allocation chômage n'est pas versée : elle prend le relais une fois l'arrêt terminé, si la rupture y ouvre droit. Un point de calendrier compte aussi : si vous demandez à être dispensé du préavis et renoncez à l'indemnité, l'allocation n'est pas versée avant la date à laquelle le préavis aurait pris fin, le salarié ayant « volontairement renoncé au revenu qu'il aurait dû percevoir de son employeur pendant le préavis » (Cass. soc., 26 juin 2008, n° 07-15.478, publié). Pour une démission, il n'y a pas d'allocation, hors démission légitime ou démission pour reconversion attestée.

Un préavis, un arrêt et un employeur qui ne paie pas ce qu'il doit ?

Date de fin, indemnité compensatrice, solde de tout compte : décrivez-moi votre situation, je vous recontacte personnellement.

Questions fréquentes

Un arrêt maladie prolonge-t-il la durée du préavis ?

Non pour une maladie ordinaire : le préavis court et le contrat prend fin à la date prévue. Oui pour un accident du travail (hors accident de trajet) ou une maladie professionnelle : le préavis est suspendu pendant l'arrêt et son terme est reporté d'autant.

Je suis malade pendant mon préavis : comment ça se passe ?

Vous transmettez votre arrêt comme d'habitude. Le préavis continue de courir pour une maladie ordinaire ; vous percevez des indemnités journalières et, sous conditions, le complément de l'employeur, sans avoir à travailler.

Que se passe-t-il si je suis en arrêt maladie pour dépression pendant mon préavis ?

En pratique, ce sont les règles de la maladie ordinaire, sauf si l'origine professionnelle est établie : le préavis n'est pas prolongé ; vous percevez des indemnités journalières, qui continuent après la fin du contrat pour l'arrêt en cours, et, sous conditions, le complément de l'employeur dans la limite de ses durées.

Peut-on se mettre en arrêt maladie pendant un préavis de démission ?

Oui, si votre état de santé le justifie : l'arrêt est un acte médical. Il ne prolonge pas le préavis d'une démission en cas de maladie ordinaire.

Suis-je payé pendant le préavis si je suis en arrêt ?

Vous êtes indemnisé comme pendant tout arrêt : indemnités journalières de la Sécurité sociale et, avec au moins un an d'ancienneté, complément de salaire de l'employeur dans la limite des durées réglementaires, et au plus tard jusqu'à la fin du contrat.

L'employeur doit-il me payer l'indemnité de préavis si je suis en arrêt ?

Non, si vous étiez dans l'impossibilité d'effectuer le préavis. Elle est due si l'employeur vous en a dispensé, si une résiliation judiciaire est prononcée à ses torts, ou si votre convention collective le prévoit.

Est-ce qu'un arrêt maladie repousse le préavis ?

Seulement s'il s'agit d'un accident du travail (hors accident de trajet) ou d'une maladie professionnelle. Pour une maladie ordinaire, la date de fin reste celle qui était prévue.

Qu'est-ce qui décale le préavis de démission ?

Un accident du travail ou une maladie professionnelle survenu pendant le préavis : il le suspend, et son terme est reporté d'autant. Une maladie ordinaire ne le décale pas.

Licencié, j'ai un accident du travail pendant mon préavis : est-il prolongé ?

Les cours d'appel jugent que oui : le préavis est prolongé de la durée de l'arrêt provoqué par l'accident du travail ou la maladie professionnelle, rechute comprise, et la fin du contrat est reportée d'autant (CA Paris, 18 nov. 2020 ; CA Nîmes, 13 sept. 2022).

Y a-t-il un préavis en cas d'inaptitude ?

Pour une inaptitude non professionnelle, le préavis n'est pas exécuté et le contrat est rompu à la date de notification du licenciement. Pour une inaptitude professionnelle, une indemnité égale à l'indemnité compensatrice de préavis est due, en plus de l'indemnité spéciale de licenciement, sauf refus abusif du reclassement.

Me Guillaume Delord, avocat au barreau de Paris

Me Guillaume Delord

Avocat au barreau de Paris, fondateur du cabinet Instant Avocat. J'ai d'abord défendu les employeurs — au sein d'un grand cabinet, en contestant les accidents du travail et les maladies professionnelles déclarés par les salariés — avant de consacrer toute ma pratique aux salariés en souffrance, et en particulier aux victimes de burn-out, partout en France. Ma conviction : d'abord se soigner, puis faire valoir les bons droits, au bon moment, avec discernement. En savoir plus → Qui sommes-nous

Sources & références

  • Préavis de licenciement — Code du travail, art. L. 1234-1, L. 1234-3, L. 1234-4 et L. 1234-5 ; démission — art. L. 1237-1.
  • Accident du travail et maladie professionnelle — Code du travail, art. L. 1226-7 ; Cass. soc., 18 juill. 1996, n° 93-43.581, publié (Légifrance) ; Cass. soc., 15 févr. 2006, n° 04-42.822, publié (Légifrance) ; départ à la retraite — Cass. soc., 25 mai 2016, n° 15-10.637, publié (Légifrance).
  • Accident du travail pendant un préavis de licenciement — CA Paris, 18 nov. 2020, n° 17/10317 ; CA Nîmes, 13 sept. 2022, n° 19/03732 (Légifrance).
  • Préavis impossible à exécuter — Cass. soc., 23 nov. 2005, n° 04-47.653, publié (Légifrance) ; résiliation judiciaire — Cass. soc., 28 avr. 2011, n° 09-40.708, publié (Légifrance) ; non-cumul avec les indemnités journalières — Cass. soc., 27 nov. 1991, n° 87-42.750, publié ; convention plus favorable — Cass. soc., 5 juin 1980, n° 79-40.096, publié.
  • Inaptitude — Code du travail, art. L. 1226-4 et L. 1226-14 ; Cass. soc., 7 déc. 2017, n° 16-22.276, publié.
  • Discrimination — Code du travail, art. L. 1132-1. Complément de salaire — art. L. 1226-1. Rupture conventionnelle — art. L. 1237-13.
  • Chômage et préavis non exécuté — Cass. soc., 26 juin 2008, n° 07-15.478, publié ; règlement d'assurance chômage.